Bref historique, spécificité du Mouvement
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Le Surréalisme en Belgique Actes Sud 2007« L'avènement d'un art nouveau ne nous préoccupe guère. Plutôt la vie, dit la voix d'en face. »

Le Surréalisme belge n'a rien à envier au groupe de Breton. Il naît à Bruxelles, en 1924, dans le même temps, et fonctionne de façon indépendante. « La vieille garde », regroupée autour de Paul Nougé, Camille Goemans, E.L.T Messens, Marcel Lecomte, du peintre René Magritte et du musicien André Souris, est bientôt rejointe par les poètes Louis Scutenaire, Paul Colinet et Marcel Mariën, puis en 1935 par le groupe du Hainaut, avec notamment Achille Chavée (qui sera plus tard le poète préféré de Georges Brassens).
Le Surréalisme belge a une activité importante, des revues (Correspondance, Les Lèvres Nues [1954-1958 ; 2e série 1969-1975] *). Il est moins sérieux et beaucoup plus échevelé que toute la clique de Breton.
André Breton, d’ailleurs, comprend assez vite l'importance de ce mouvement voisin, et se rend lui-même sur place, dès 1925, en compagnie d'Eluard et de Max Morise pour rencontrer le groupe de Bruxelles. Mais peu à peu, le Surréalisme belge prend ses distances avec celui de Breton. Les divergences politiques et idéologiques ne cesseront de s’accentuer jusqu’à la rupture définitive.
À l’origine, le groupe de Bruxelles publie des tracts et des faux prospectus visant des personnalités du monde des Lettres françaises : Eluard, Paulhan, Breton, Drieu de la Rochelle, Valéry, Proust, etc. Dès 1935, dans un manifeste, il affirme haut et fort sa méfiance à l'égard du communisme et de la politique de Staline. C'est cette position de départ qui déconcertera beaucoup les surréalistes français.
Mais après cette date, l'activité poétique des surréalistes belges ne se situera jamais plus sur un plan politique.
Si un sentiment de révolte les anime, c'est tout au plus « pour ajouter deux ou trois choses nouvelles à la littérature » et ils font preuve d'une grande sincérité artistique.
L'humour et l'absurde, le merveilleux et l'érotisme, le jeu et la gravité voilée de mystère sont la marque de fabrique de leur poésie. Ils ont aussi un don d'invention poétique, hélas encore trop méconnu aujourd'hui.
On a parfois reproché au mouvement surréaliste belge d'être « une société du mystère », « une société secrète » fonctionnant en cercle clos. Peut-être, parce que les artistes qui constituaient le groupe, étaient avant tout liés par un même attachement profond et grave envers l'existence, une même désinvolture, des préoccupations et des goûts communs, et une certaine unité de points de vue.
Mais il faut, en tout cas, reconnaître au Surréalisme belge, sa sincérité, son honnêteté intellectuelle, sa clairvoyance, et une démarche poétique authentique, qui a peu d'équivalent à ce jour.

(
© François-Xavier Farine, La petite histoire de la poésie d'hier et d'aujourd'hui, notes inédites, 2001 à ....).

3 livres-clés pour découvrir l'Histoire du Surréalisme belge :
- Le Surréalisme en Belgique (1924-2000), Xavier Canonne, Actes Sud, 2007, 79 €.
- Les Surréalistes belges, Revue littéraire mensuelle Europe n°912 avril 2005, 18,50 € France ; 20 €
Étranger.
Anthologie du Surréalisme en Belgique, Christian Bussy, Gallimard, 1972 (épuisé).

* D'autres importantes revues belges, d'obédience surréaliste, verront le jour comme
Phantomas (1953-1980) ou Daily-Bul (1957 à ....) (qui donneront les éditions du même nom fondées par André Balthazar et Pol Bury). Elles ont publié de nombreux poètes belges dont André Miguel, Norge, Christian Dotremont, Pierre Puttemans, Daniel Fano, Jean-Pierre Verheggen...