Pierre Autin-Grenier 2 de l’anar ronchon et splendide au philosophe du quotidien

« C’est délicat d’écrire un petit poème en plein été, avec trent-huit degrés centigrades à l’ombre des pins d’Alep, à même l’écorce cent mille cigales en concert permanent. Étouffoir et raffut d’enfer ! Je tire les volets, je ferme la fenêtre, parce que le poème que je veux écrire est plutôt fait pour être lu l’hiver, après une dure journée de gel, quand le chauffage central vient de tomber en panne et que les draps sont froids. Le chat se serait fait écrabouiller du matin par un camion-citerne fonçant dans le brouillard givrant et l’on serait tout à fait seul enfin (sans même un verre de vin à portée de main). (…) » Extrait du texte Je crois bien que je suis comme Marcel Proust, p.84 in Je ne suis pas un héros.

Pierre Autin-Grenier n’est pas à proprement dit un poète - comme on l’entend d’un point de vue strictement formel - néanmoins ses textes en prose ou courts récits d’autofiction sont pétris de poésie. Son écriture est alerte, humoristique, insolite, contestataire, utopiste et savoureuse. Elle embarque le lecteur, dans ses méandres et ses détours, à tel point que celui-ci s’en trouve, au final, fatalement dérouté et conquis.

Pierre Autin-Grenier s’inspire du quotidien le plus banal pour donner une substance, un corps, un point de départ à ses petites histoires mais, très vite, celles-ci décollent pour rejoindre une sorte de réalisme merveilleux, presque fantastique.

Deux à trois pages suffisent à Pierre Autin-Grenier pour créer un climat, où il se raconte dans les menus travaux et soucis de tous les jours, se dépeint en écrivain râleur, ronchon, insupportable, confiant ses doutes et ses rêves simples entre deux apéros, l’entretien de son jardin ou les remontrances de sa femme.

Pierre Autin-Grenier

Certains titres de ses livres donnent déjà un aperçu de son programme : Les Radis bleus (1991), Je ne suis pas un héros (1993), Toute une vie bien ratée (1997), L’éternité est inutile (2002) comme maints titres de ses textes : Question de plomberie existentielle, Je suis bien nulle part, Une andouillette m’attend, Les bégonias, Hourra ! America !, La Poisse, Antoine Gallimard et la Française des Jeux, Promenades près des étangs, Transmutation, Le désert du Kalahari, Rêver à Romorantin ou encore Une entrecôte drôlement politisée.

L’univers de Pierre Autin-Grenier ressemble à aucun autre, parfois pourrait-on lui reconnaître une lointaine parenté avec André Hardellet, autre poète baguenaudant et rêvant aux trottoirs de l’enfance, ou avec son comparse désabusé, le poète Jean-Pierre Georges. Mais, sur la page, le sourire des mots d’Autin-Grenier est plus direct, moins mélancolique, plus exubérant, plus jubilatoire aussi, et, certes, bien trempé dans les racines du réel. Ce qui confère toute sa force et toute sa crédibilité au récit, où le poète, d’ailleurs, maîtrise parfaitement la forme brève. Valeur étalon sur laquelle éclate toute l’étendue du style Autin-Grenier !

© François-Xavier Farine, La petite histoire de la poésie d'hier et d'aujourd'hui, notes inédites, 2001 à .... .

À si
gnaler trois petits livres du même auteur que j'aime bien : Un cri paru chez Cadex (2006), Le poète pisse dans un violon (version symphonique) aux Carnets du Dessert de Lune (2010) et Élodie Cordou, la disparition publié aux précieuses éditions du Chemin de fer (2010).


Derniers livres publiés par Pierre Autin-Grenier :
Quand j'étais écrivain : fantaisie, Christian Garcin, Pierre Autin-Grenier, Ed. Finitude, 2011, 7,70 €.
Élodie Cordou, la disparition, illustrations en couleurs du peintre Ronan Barrot, Ed du Chemin de fer, 2010, 14 €.
Le poète pisse dans un violon (version symphonique), Les Carnets du Dessert de Lune, coll. Pousse-café, 2010, 5 €.
C'est tous les jours comme ça : les dernières notes d'Anthelme Bonnard, Ed. Finitude, 2010, 15,30 €. Grand-Prix de l'Humour noir Xavier-Forneret 2011.
L'ange au gilet rouge (nouvelles), Gallimard, coll. L'Arpenteur, 2007, 11,70 €.