Bouhier, Manoll et Cadou au rendez-vous des poètesRené Guy Cadou (1920-1951) a écrit ces deux lettres inédites à Ernest Prévost en novembre 1946 et en octobre 1948.
Si courtes soient-elles, elles sont néanmoins pleines d'enseignement.
On y découvre par exemple que les droits d'auteur d'un poète d'hier n'étaient pas tellement éloignés de ceux d'un poète d'aujourd'hui...

                                     

                                                                             Louisfert
                                                                             Loire Inférieure
                                                                             23/nov/46.

Monsieur et cher Ami,

Je n'oublie pas que plusieurs fois déjà, grâce à votre intervention le Ministère de l'
Éducation nationale m'est venu en aide.
La vie va de telle façon que je suis toujours mené à la petite semaine. Je suis marié maintenant. Et l'état de santé de ma jeune femme(*) qui ne travaille pas demande des soins incessants et coûteux.
Les droits d'auteur d'un poète, vous le savez, payent tout juste les relations épistolaires avec les poètes amis.
Je vous serais donc reconnaissant cher Monsieur Prévost, d'user de votre haute bienveillance pour que cette année encore une subvention, si minime soit-elle, me soit accordée
Et je vous prie de croire en mes sentiments
très fidèles

René Guy Cadou.

(René Guy Cadou à Louisfert par Chateaubriant (L. Infre)

(*)
À l'époque, Hélène Cadou souffrait-t-elle encore de la tuberculose contractée en 1938 ?

                                                              *

                                                                             Louisfert
                                                                             22 oct 48.

Cher Ernest Prévost,

Du plus profond du cœur, merci !
Voici un poème que je vous donne (* il s'agit du poème tapuscrit :
« Femmes d'Ouessant »)
Il vous dira je pense que nous ne sommes pas si loin l'un de l'autre.
Eluard, Prévert ! oui bien sûr. Ce n'est guère « excitant » quand même : Et la poésie est un autre crève-cœur que ces réussites fragmentaires.

Croyez en mes bien fidèles sentiments ; avec toute ma reconnaissance

René Guy Cadou.


Aux éditions nantaises du Petit Véhicule qu'il a fondées, Luc Vidal poursuit brillamment l'inventaire de l'Histoire des poètes de l'Ecole de Rochefort (Bouhier, Cadou, Manoll, Rousselot, Bérimont, Béalu...) et de leurs homologues peintres (Roger Toulouse, André Le Normand, Yves Boré...)

Il y a publié plusieurs actes de colloques, conçu des expos et des numéros spéciaux, de la revue Signes aux derniers Cahiers des Poètes de l'Ecole de Rochefort-sur-Loire (nouvelle version) au nombre de quatre à ce jour :

N°1 : Les Cahiers René Guy et Hélène Cadou et de l'Ecole de Rochefort (juin 2009)
N°2 : Michel Manoll ou les Moissons de la nuit (mars 2011)
N°3 : Serge Wellens ou la Concordance des Temps (décembre 2012)

N°4 :  René Guy et Hélène Cadou, poésie et éternité (mars 2014)


© François-Xavier Farine, le 16 août 2014.