à Frédérick Houdaer.

Chez mes grands-parents maternels, des portraits de famille, dont ceux de mon arrière-grand-père, trônent au-dessus de la cheminée, entre une baïonnette allemande et un sabre de Goumier. Sur l'un, mon arrière-grand-père porte un chapeau arrondi, de grosses moustaches, a de l'embonpoint et une mine jovial. Sur l'autre, en uniforme de militaire, il a l'air martial. Plus grave. Ce n'est déjà plus le même homme. Je ne devais avoir que 6-7 ans, mais avec la curiosité avide de l'enfant, je pose des questions : « Qu'est-ce qu'il lui est arrivé à la Guerre, Maman Ya ? » Je ne comprends pas pourquoi ma grand-mère prend tant de précautions pour me répondre...

«  Une bombe a explosé... mon P'tit. Puis, on a retrouvé ton arrière-grand-père, sous un amas de corps inertes. Seule sa main dépassait. C'était le seul survivant. Mais il a été atrocement mutilé ! »

« Mais qu'est-ce qu'il a eu, Grand-mère, exactement ? » « Il a été atrocement mutilé... », insista-t-elle, avant de garder le silence. Trop jeune, je ne mesure pas du tout le poids tragique de cette phrase, seulement sa part de mystère... même lorsqu'elle me dit : « Heureusement, ses enfants étaient nés bien avant que Bon Papa parte à la Guerre ! » (Secret de famille 14-18).

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(Courts textes en cours, 2011-.... - © François-Xavier Farine.)