Caisse à outils Espitallier (2006)

Je viens de lire en diagonale Caisse à outils : un panorama (assez érudit) de la poésie française d'aujourd'hui » par Jean-Michel Espitallier.
Il n'est pas tendre, voire expéditif par exemple avec la « poésie » dite « du quotidien » ou « du vécu », mais je partage parfaitement son analyse lorsqu'il écrivait déjà, en 2006, ce qui suit à propos de la situation de la poésie.

Cela reste aujourd'hui encore d'actualité :

« Médiocrité et prétention encombrent donc le terrain et brouillent les cartes, c'est un fait, et c'est dommage.
Le poétisme cependant n'est jamais là où on l'attend, il peut se manifester dans sa pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l'avant-garde. Les faux Jaccottet ne valent pas mieux que les faux Quintane, les poussifs disciples de Du Bouchet sont aussi ridiculement inintéressants que ceux d'Anne-James Chaton. Quant aux épigones de Christophe Tarkos, toujours plus nombreux, ils ne peuvent que nous affliger, et même nous révolter quand on connaît la puissance inégalable de ce grand poète mort à 40 ans.
Enfin, certaines expérimentations aujourd'hui mises en œuvre avec l'aval parfois quasi fétichiste des nouvelles technologies peuvent produire un kitsch numérique tout à fait désastreux, ou une reprise des vieux poncifs sur lesquels les machines agissent comme de catastrophiques effets de loupe. Il faut se méfier des hâtives sacralisations du nouveau, sans parler de l'injuste traitement qui peut être fait à de géniaux devanciers. Il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d'articuler images, sons, textes, hologrammes, etc. pour faire la révolution poétique. Ce dada contemporain ne garantira pas automatiquement le surgissement de nouveaux Dada. »