Né en 1980, Guillaume Siaudeau est-il le petit frère de Thomas Vinau ou son double ? Leur poésie est proche, leurs préoccupations et sujets d'écriture également. Ce n'est peut-être pas étonnant si, à peu près au même moment, ces deux poètes-trentenaires ont chacun publié un recueil aux éditions de La Nuit Myrtide : Boucle d’œil pour Guillaume Siaudeau (2010) et Hopper city pour Thomas Vinau (2011), puis leurs premiers romans : Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011) pour Thomas Vinau et Tartes aux pommes et fin du monde (2013) pour Guillaume Siaudeau chez Alma éditeur, un éditeur en quête de jeunes auteurs talentueux.

Guillaume Siaudeau pilote aussi, Charogne, depuis 2010. Cette revue compte aujourd'hui 5 numéros faits maison et de bons auteurs à chaque sommaire. Je regrette de n'avoir pas évoqué plus tôt ce poète. J'ai découvert Guillaume Siaudeau en 2011 suite à son recueil, Jus de bouche, publié chez Gros Textes. Et je le suis fidèlement depuis. J'ai beaucoup aimé deux autres de ses publications. Un livre de poèmes-objet, élégant et original, Les Chaussettes de l'âme, illustré par sa compagne Magalie Planès ainsi qu'un long poème,Testament en forme de pétard mouillé, paru en plaquette chez Asphodèle, en 2013, dans la collection confettis.

Siaudeau Tourner7fois (2015)2) Tourner 7 fois sa main dans sa poche de Guillaume Siaudeau, Gros Textes, 2015, 6 € (+1 € de port pour 1 exemplaire).

Guillaume Siaudeau pratique dans ses poèmes une écriture décontractée, décomplexée, au format court, comme des photomatons ou des vignettes d'instantanés vécus. Sur son blog, La Méduse et le Renard, ses poèmes, une fois écrits, s'appuient sur des photographies dénichées, ensuite, sur le net. Je dirai que la poésie de Guillaume Siaudeau est simple et efficace et qu'elle ne s'embarrasse pas de mots inutiles (comme le Simenon des Maigret). Elle agit comme un œil à haute sensibilité qui cadre l'essentiel :

Les cuisses

les négociations / ont été bon train / avant que / l'ombre du saule / et le soleil / se partagent / ses cuisses / équitablement

Sa poésie aime le paradoxe, la dérision, l'humour, le doux-amer. Elle relate les petits faits et gestes des jours avec des titres décalés, légèreté, une certaine délicatesse aussi, à tel point que l'humour et la tristesse de ses poèmes ne semblent guère peser davantage qu'une plume.

Au charbon

Fini de déconner / quand faut y aller / faut y aller / Ce matin tout a / repris sa place / le réveil / sur la commode / le baiser / sur le palier / et le nœud / bien ficelé / tout au fond / de l'estomac

En quelques lignes, la poésie de Guillaume Siaudeau traque nos erreurs, nos turpitudes, nos faiblesses, nos compromissions quotidiennes et les fait éclater au grand jour.

Allez, hop, je vous en mets un petit dernier pour la route, bien vu et bien saignant de vérité, lui aussi !

Le grand plongeon

La bouchère a
les mains rouges et
les yeux bleus
La bouchère dit
et avec ceci ?
schlaaaak !
et avec ceci ?
swhiiiiiiish!
ce sera tout ?
schlaaak !
comme ça ?
swhuuuuuush !
combien je vous en mets ?
vlaaaaaaaaan !
et avec ceci ?
scruuuuuuuuunch !
ce sera tout ?
La bouchère n'a pas les mains
qui vont avec ses yeux
je veux dire
comment peut-on avoir
les mains aussi rouges
et les yeux
aussi bleus ?

Ces quelques poèmes sont tous extraits de Tourner 7 fois sa main dans sa poche de Guillaume Siaudeau paru en septembre 2015 chez Gros Textes éditions.

© François-Xavier Farine, le 29 mai 2015.

À suivre...