Robert Desnos en 1927Aujourd'hui je songe au courage de Robert Desnos (1900-1945), « surréaliste à volonté » selon le mot d'André Breton. Pendant l'Occupation, dès septembre 1940, il travaillait au Journal Aujourd'hui dont il tenait la rubrique littéraire. Avec Henri Jeanson, ils avaient tenté de créer un journal ouvert au débat d'opinion, malgré la pression de l'occupant.

« Mais Henri Jeanson est arrêté dès novembre, remplacé par Georges Suarez à la direction politique du journal. Robert Desnos se maintient néanmoins au journal « car il faut bien vivre... » en poursuivant, chaque semaine, sa critique littéraire incisive, en particulier, envers ceux qui exaltent l'antisémitisme ou le fascisme. » Jusqu'à ce qu'il en soit de plus en plus écarté car ses articles, sans concession ni aveuglement, ne plurent ni à Louis-Ferdinand Céline, ni à Pierre Drieu La Rochelle, ni à un certain Pierre Pascal. Comme l'explique notamment la biographe Marie-Claire Dumas.

Robert Desnos répondit à l'un des lecteurs qui s'était inquiété de la situation préoccupante du journal dès 1940 : « Ceci entre nous : c'est le destin de tous les journaux d'être constamment en révolution, aujourd'hui plus que jamais. »

« Résistant par nécessité »

En outre, après la rafle du Vel d'Hiv de juillet 1942, Robert Desnos s'était mis en relation avec le réseau Agir auquel il transmettait les informations venues directement d'Allemagne, et défavorables à celle-ci, que le journal censurait. Au-delà même du combat contre le nazisme, il considérait comme une nécessité que l'on s'opposât, sur la Terre, à tout régime d'oppression de l'homme. Il semble qu'à partir des années 1943-1944, Robert Desnos s'engage vers la résistance armée, en prenant part à plusieurs actions de sabotage - avec le poète André Verdet qui faisait partie d'un autre réseau - tout en continuant à publier des poèmes contre l'envahisseur sous divers noms d'emprunt dans des anthologies clandestines comme L'Honneur des poètes sous les pseudonymes de Valentin Guillois et de Pierre Andier, ou de Cancale par exemple.

À cette époque, et même avant-Guerre, Robert Desnos eut également plusieurs altercations virulentes avec Alain Laubreaux, un collabo notoire du journal Je suis partout, qu'il avait giflé à plusieurs reprises. On dit que ce dernier fut en partie responsable du sort funeste que l'on réservât au poète... car, lors d'une réunion, où l'on discutait du sort de la plupart des intellectuels français emprisonnés, Alain Laubreaux, au nom de Desnos qui faisait débat, s'emporta violemment et déclara : « Qu'on le fusille ! ».

Le 22 février 1944, Robert Desnos est arrêté à son domicile à Paris, 19 rue Mazarine. Il ne cherche pas à fuir. Voulant protéger sa femme Youki ainsi que le jeune Alain Brieux, qui vivait caché chez eux pour échapper au STO. Robert Desnos est déporté au camp de transit de Compiègne, puis vers l'Allemagne, où il passera de camp en camp (Auschwitz, Buchenwald, Flossenburg, Flöha) en tant qu'interné politique. Tous ses amis et codétenus, qui en réchappèrent, témoigneront ensuite de la bonne humeur contagieuse et de l'héroïsme dont Robert Desnos fit preuve à plusieurs reprises en de pareilles circonstances.
Après une terrible marche forcée de vingt-trois jours, à raison de vingt kilomètres par jour, suite à l'évacuation du camp et de la retraite allemande, Robert Desnos mourra du typhus, le 8 juin 1945, un mois plus tard, au camp de Theresienstadt ou Terezin (Tchécoslovaquie).
À la libération du camp, Josef Stuna et Alena Tesarova, deux jeunes étudiants en médecine, qui soignent les blessés, le reconnurent et recueillirent ses dernières paroles.
« C'est mon matin le plus matinal. » leur dira-t-il, avant de fermer les yeux à jamais.

Un de mes amis possède une lettre inédite de 1940-42 à l'en-tête du journal Aujourd'hui du poète Robert Desnos où il répond (on le devine) aux propos louangeurs de son correspondant, l'écrivain André Rolland de Renéville (1903-1962). Ce dernier devait certainement lui confier « à quel point il aimait les poèmes d'amour de Robert Desnos, et à quel point surtout il le considérait comme un très grand poète. »
Dans sa réponse, Robert Desnos lui faisait alors cette humble confidence :
« Détrompez-vous, Cher Monsieur, le poète d'amour - dont vous me parlez - a mal au dos, souffre, et est, en fait, perclus d'arthrose. (..) » voulant lui signifier par là même que l'existence réelle d'un poète était souvent plus douloureuse, plus triviale, que ce que l'on pouvait penser.

© François-Xavier Farine, le 28/12/2012.

Deux livres de référence sur Robert Desnos :
Desnos : Oeuvres / É
dition établie et présentée par Marie-Claire Dumas, Gallimard, Coll. Quarto, 1400 pages, 1999, 32 €.
Robert Desnos par Anne Egger, Fayard, Coll. Biographies, 1162 pages, 2007, 42,60 €.

Desnos Oeuvres (1999)Robert Desnos par Anne Egger (2007)

Le site de l'Association des amis de Robert Desnos publie régulièrement des Cahiers sous le titre générique L'Étoile de Mer. Elle renseigne aussi sur les différentes publications, expositions, colloques et manifestations significatives ayant trait au poète.