Frédérick Houdaer au Périscope © Denis SvartzPoète et romancier, Frédérick Houdaer est, depuis 2012, directeur de la collection « Poésie » des éditions du Pédalo ivre dirigées par Jean-Marc Luquet.
À ce titre, j’ai voulu l’interroger et lui poser quelques questions sur son travail de « dénicheur de poètes », quitte à lui soutirer quelques scoops sur les futures publications du Pédalo ivre.

1) Pourquoi avoir accepté en 2012 de te lancer dans l’aventure d’une collection de poésie en tant que dir
ecteur de collection ?

Parce que Jean-Marc Luquet me l’a proposé ! J’étais venu pour lui poser des questions techniques (je comptais créer ma propre boîte d’édition), et voilà qu’il me tend une perche pareille ! Il venait de créer LE PÉDALO IVRE. Le nom est bien évi
demment un clin d'oeil au Sieur Rimb' mais surtout à François Partant. La maison n’était pas partie sur un catalogue littéraire, publiait des essais autour de la décroissance, etc. Et Jean-Marc Luquet me propose de m'occuper d'une collection « Poésie »... que j’ai vite baptisée (attention, idée géniale) la collection « Poésie » des éditions Le Pédalo ivre.

Avant ? Avant, puisque cela compte dans l’aventure… Je sortais d’une autre expérience de directeur de collection. Une collection de romans francophones (sept titres parus) chez un petit éditeur (pour lequel avait également bossé Jean-Marc Luquet).

J’en sortais laminé, convaincu que dans la petite édition, il était presque impossible de défendre des premiers romans prometteurs, etc.
J’ai fait un, plusieurs bilans donc. États des lieux éditoriaux.

Comme poète et lecteur de poésie, j’avais fait ce constat : rares étaient les maisons d’éditions qui, au jeu des sept familles de poètes, défendaient ma famille de poètes préférée (pour plus de précisions, voir les réponses suivantes). Une famille de poètes particulièrement maltraitée en France, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays.
Je peux le dire autrement : quand je lis les catalogues de certains éditeurs reconnus (le genre à vous faire payer cher le droit d’écouter quelques lectures sous des arbres), je sais ne pouvoir compter sur eux. Ni comme auteur, ni comme lecteur.
Je peux le dire encore autrement. Disons, admettons que je suis peut-être un peu-beaucoup poète sur les bords (tout le monde n’est pas d’accord pour me reconnaître ce titre, tant mieux)… Ce qui pourrait signifier que j’ai une ou deux antennes qui me poussent au-dessus du crâne (comme Maya l’abeille)… Où je veux en venir ? On y arrive, on y arrive… Alors voilà, dans le petit-tout petit milieu de la poésie hexagonale, il y a des incontournables. Des figures. Il y a ceux que je… disons qu’on se reconnaît tout de suite. Et c’est précieux, nécessaire : une poignée de mains à Daniel Biga, un salut de Pierre Tilman, etc. Ça, ça vous regonfle pour le restant de l’année. Mais il y en a d’autres. Je les appellerai les petits malins. Qui se la jouent « personnes de cœur » mais dont je sais voir, dont je ne peux pas ne pas voir l’avarice profonde (sur tous les plans). Elle me crève littéralement les yeux. Et quand on se croise… Je me méfie d’eux, autant que je me méfie du milieu universitaire (une grande leçon que nous a transmise cet éditeur de rêve qu’a été Dominique de Roux) et des pelouses Téléramesques. On passe à la question suivante ou je finis de me fâcher avec X ou Y ?

2) Y a-t-il, selon toi, une ligne éditoriale, une identité ou une famille d’auteurs dans le catalogue du Pédalo ivre ?
Si oui, quelles seraient leurs affinités ? Les points communs entre les poètes publiés jusqu’ici ?

Un nom relie peut-être la quasi-totalité des poètes que j’ai publiés, une référence partagée : Richard Brautigan. La plupart porte dans leur cœur un certain nombre d’auteurs américains (de Selby à Fante… pour ne pas citer Charles Bukowski que tant de personnes aiment ou détestent pour de mauvaises raisons). Pour autant, on ne confondra pas l’écriture d’un Jean Marc Flahaut avec celle d’un Grégoire Damon, par exemple. Ils ne sont nullement interchangeables. Ils ne jouent nullement aux auteurs amerloques (ce serait grotesque). Ils se coltinent à la langue française, et pas qu’un peu, mon n’veu ! Après, je suis ravi quand Thomas Vinau me fait découvrir un Jules Mougin…


3) Quel est le tirage moyen des éditions ? Combien de recueils sont publiés annuellement ?

300 exemplaires (avec possibilité de retirage assez rapide), à raison de quatre titres par an.


4) Quelle est actuellement la locomotive de la collection « Poésie » ?

Thomas Vinau est sans conteste le plus connu de tous (outre ses nombreuses publications comme poète, ses romans publiés chez Alma lui ont valu de toucher de nouveaux lecteurs et il a été réédité chez 10/18, là-même où nous trouvons les livres de Brautigan !). Mais il garde la tête froide, sait très bien « au jour d’aujourd’hui » que son chien est en passe de devenir plus célèbre que
lui.

5) Quels seront les poètes publiés au Pédalo ivre à la rentrée 2014 et ceux programmés dès 2015 ?

En septembre-octobre 2014 : MUSÉHOMME de Pierre Soletti & Valère Argué (préface de Katia Bouchoueva)

Fin 2014 : LA VIE EST TROP VRAIE de Simon Allonneau
D’ORIGINE, le nouveau recueil (attendu) de Grégoire Damon

Pour 2015 :
Un nouveau recueil de Thomas Vinau
Un recueil de Marlène Tissot
Un recueil de Thierry Radière
Un recueil de Christian Cottet-Emard


6) De quels éditeurs te sens-tu proche en poésie ? Ou considères-tu qu’ils font le même travail que toi, si tu préfères ?

Yves Artufel (Éditions Gros Textes), Jean-Jacques Nuel (Éditions Le Pont du Change ), Jean-Louis Massot (Éditions Les Carnets du Dessert de Lune), Daniel Labedan (Éditions Les États Civils), Caroline Gérard (Cousu Main)… Je leur interdis de mourir. Nous sommes trop peu nombreux.


7) Est-ce que tu peux nous parler un peu du travail que tu effectues, en amont avec le poète, avant la publication de son futur manuscrit ? Je pense que cela peut intéresser les poètes de manière générale comme les simples curieux…

Chaque livre édité est une aventure unique (et une porte ouverte d’enfoncée, une !). En règle générale, il y a de nombreux échanges autour du manuscrit. Heureusement. Un auteur qui refuserait tout retravail sur son recueil… ce n’est pas très bon signe. Moi-même, en tant qu’auteur, je trouve normal que mon éditeur du moment... regarde de très près ce que je lui propose.


8) Que peut-on souhaiter aux éditions du Pédalo ivre pour l’année à venir et à Frédérick Houdaer en tant que directeur de collection (ou autres…) en particulier ?

Pour les éditions Le Pédalo ivre, de continuer à servir de plateforme pour… De continuer à SERVIR une poésie à hauteur d’homme, qui ne s’interdit rien (ni le sexe, ni la/le politique, ni la spiritualité, RIEN).

Pour F.H, apprendre à manger des amanites sans s’intoxiquer. Les amateurs comprendront.

Interview de Frédérick Houdaer réalisée par François-Xavier Farine en août 2014 entre Lyon et Lille.


La collection « Poésie » du Pédalo ivre a déjà publié les titres suivants (toujours disponibles chez l'éditeur) :

Hélène Dassavray-C'est gentil-Pédalo ivre (2013)
Les derniers seront les derniers de Thomas Vinau, 2012
Nouvelles du front de la fièvre (Fragments d'Amérique) de Jean Marc Flahaut, 2012
Le Livre pour sortir au jour de Jean-Baptiste Cabaud & Magali Mélin, 2013
Mon Vrai boulot de Grégoire Damon, 2013
C'est gentil d'être passé d'Hélène Dassavray, 2013

Le Cow-Boy de Malakoff de Thierry Roquet, 2014
Le Citronnier de Samantha Barendson, 2014

Le blog des éditions du Pédalo ivre

Le blog de Frédérick Houdaer