Né en 1963 à Monthois, découvert en 2007 par Daniel Labedan qui l'éditera dans sThierry Radière (2014)a revue Les états civils, Thierry Radière est à l'origine un prosateur qui a longtemps cherché à publier ses romans et nouvelles.
Mais, aujourd'hui, la poésie lui va comme un gant. Il a trouvé sa « voix », son rythme et
une forme poétique qui lui appartient : le poème ample, narratif, intimiste et séquencé, avec ce der
nier recueil : Poèmes géographiques.
J'espère que le Pédalo ivre en vendra toute une flopée !

J'avoue ne pas trop savoir comment parler de la richesse et de la profondeur de ce livre qui surgissent à chacun de ces textes...

Le titre du recueil est bien choisi, suffisamment allusif. On entre de plain-pied dans ces « poèmes géographiques », biographiques, sociologiques qui se déroulent entre les Landes et les Ardennes, les vagues et les bêtes, passé et présent.

Le poète interroge et ravive ses souvenirs d'enfance, de moments familiaux, et aussi ceux de sa femme, à partir desquels le couple s'est cimenté, tandis que, sous leurs yeux préoccupés, le monde paraît se déliter.

En voyage nous voyons les musées / différemment un carnet dans ma poche / que je ne touche pas se remplit d'observations / dont tout le monde n'a que faire / c'est ainsi que l'on construit son sous-sol / loin des parlottes et des regards intéressés / le sexe est une parabole / il fait du bien par secousses / en tremblements de nerfs. / La terre se renverse / et des tombereaux sont là / à attendre que les tracteurs démarrent / la route est longue pour aller dans les Ardennes.

Un livre-bilan sensible et fort

Malgré un humour mordant, ce recueil est aussi plein d'empathie et d'humanité. On y découvre des personnages fort attachants : Mémère Julienne, Pépère, Lida, Pascale, la femme du poète, dont on devine la belle et délicate personnalité.

Si Thierry Radière réécrit à juste distance, avec lucidité, et a posteriori, le passé du couple – leur histoire à deux voix – histoires familiales troublées et extrêmement émouvantes, sa langue est fluide, simple, forte et ses images originales s'inspirent ou sont en prise directe avec la réalité des lieux fréquentés :

Nous nous regardons comme le font / certains animaux perdus sorti chacun / d'une forêt introuvable dont eux seuls / connaissent les arbres et les bruits / les librairies disparaissent peu à peu / et sont remplacées par des boutiques / de téléphonie mobile et cela te donne / la nausée j'essaie de comprendre / de me représenter ta désillusion / assis avec toi à la terrasse de notre / café préféré à Contis plage / quelque chose d'indéfinissable / au fond t'as permis de ne pas couler / de flotter comme ces catamarans / qu'on voit au loin nous nous mettons / à fantasmer sur leur histoire un cendrier rempli / de cendre et de mégots devant les yeux / l'histoire n'en finit pas d'être racontée / au point où nous ne savons plus vraiment / qui est qui là près de l'océan.

« Méfie-toi des souvenirs comme d'une montre arrêtée. » Georges Schéhadé

Ce qui transpire dans ce recueil, au-delà de la topographie des Landes et des Ardennes, et des histoires familiales, c'est aussi la belle humanité du couple qui fait front dans la tourmente.

L'objet de ce livre n'est plus seulement le récit d'épisodes biographiques bien choisis, émouvants, douloureux, clés, c'est aussi l'expression même d'un choix fondateur pour se guérir d'un passé encombrant, que l'on laisse derrière soi pour avancer, exister pleinement dans l'éloignement des autres.

Mais l'amour et la tendresse éclairent aussi, en filigrane, ces pages et en accroissent la force et le rayonnement dans l'esprit du lecteur.

© François-Xavier Farine, le 13 décembre 2015

poèmes géographiques-Radière-2015
Bibliographie poétique de Thierry Radière :

Poèmes géographiques, Le pédalo ivre, coll. Poésie, 2015
Vos discours ne passent plus, Mi(ni)crobe #48, 2015
Juste envie de souligner (plaquette de 19 poèmes ), éditions La porte, 2015
Si je reviens sans cesse, Ed. Jacques Flament, coll. Paroles de poètes, 2014

À paraître :
Le soir on se dit des poèmes, Soc et Foc, 2017
Les samedis sont au marché, Les Carnets du Dessert de Lune, 2017