Livres-radeaux à emporter sur l'île...

Grégoire Damon-Mon Vrai boulot-juillet 2013-41) Grégoire Damon, Mon Vrai boulot suivi de Flaques, Le pédalo ivre, coll. poésie, 2013, 10 €.

Une poésie « coup de poing et cocktail molotov », qui envoie ou qui déménage, qui dénonce et souhaite en découdre. Une écriture qui me réconcilie avec une certaine idée de la poésie engagée d'hier, en la dépoussiérant, avec un jeu de jambes tonique et des attaques digne d'un champion de Kick-boxing !

Telle m'est apparue, au fil d'une lecture enthousiaste, la poésie urgente et instinctive de Grégoire Damon.

Je vous suggére de lire au plus vite le premier livre-manifeste de ce jeune poète - sans concession - qui alterne poèmes courts et longs, revendicatifs et extrêment bien torchés.

En 1969, le livre « Oiseaux mohicans » de Daniel Biga fit l'effet d'une bombe dans le milieu poétique. En 2013, Grégoire Damon frappera-t-il aussi fort ?

En tout cas, « Mon Vrai boulot » est un livre-dynamite qui force le respect.

La jeune génération s'y reconnaîtra sans doute. Ses combats, ses révoltes, ses galères et ses protestations (tendres et véhémentes) y sont consignés à chaque page.

Charles Bukowski a écrit quelque part : « Il y a plein de gens qui braillent la vérité, mais sans classe c'est foutu d'avance. »

Grégoire Damon a bien retenu la leçon.

La preuve :

                         Vingt-cinq minutes

trois ans de carrière
dans une enseigne de restauration rapide très connue
depuis trois ans je me lève
en me demandant de combien de boeufs de poulets et de
porcs
je suis indirectement responsable de la mort
vingt-cinq minutes
c'est mon temps de trajet quotidien
vingt-cinq minutes de jambes
vingt-cinq minutes à me faire pousser des jambes dans la
tête
vingt-cinq minutes
c'est le temps d'un accouchement de poème au forceps
alors après vous pouvez bien me dire
un peu de compétitivité mon pote allez tu vieillis tu
deviens mou
vous pouvez bien me faire sentir aisselles à l'appui
qu'il devient difficile de faire la différence
entre les boeufs les poulets les porcs de l'holocauste
précité
et mon moi odeur corporelle
m'en fous j'ai mon poème
vingt-cinq minutes
pour poser ma bombe aux endroits stratégiques
je sais comment éviter toutes les caméras
et un jour elle explosera
et vous verrez les taches que fait le rire
sur vos chemises réglementaires


Ce poète « ne perd pas son temps à remâcher son angoisse générationnelle en poèmes recongelés ». C'est tout le contraire...

Lorsque Grégoire Damon écrit, il entre en guerre, rendant coup pour coup à ce monde rude, fourbe et brutal des nantis, financiers, petits chefs et autres politicards véreux, qui méprise notre jeunesse, lui ment, l'asservit, sous couvert de chômage, de crise et de discours managérial bien huilé. Mais plus personne n'est dupe.


©
François-Xavier Farine, le 1 août 2013.

Peau de gueule : le blog de Grégoire Damon pour suivre ses aventures textuelles au jour le jour.