Dan Fante
Je calais sur mon roman, je perdais mon temps
alors j'ai pris la route de Beachwood Canyon dans les collines
jusqu'aux
lettres géantes
HOLLYWOOD
et j'ai senti
encore une fois
comment devait être la vie il y a soixante-dix ans pour mon vieux
et Nat West et Fenton et Bill Faulkner et toute cette bande d'agités
surpayés, mercenaires du scénario, pirates du cinéma

J'ai regardé la vallée et j'ai crié dans le brouillard
« C'est ça que tu voulais ?
»
une résidence espagnole sur la colline - la gloire
ton nom murmuré quand tu entrais chez Musso boire un verre
des pipes de presque-actrices après le poker et de l'excès
de picole dans les jardins d'Allah

Alors
je me suis souvenu
que sans le vouloir, par négligence
tu n'as rien laissé
dans ces collines voraces
qui se puisse acheter ou vendre

Le seul cadeau de John Fante pour moi
fut
son coeur pur d'écrivain

Dan Fante, De l'alcool dur et du génie, p. 23 : poèmes choisis 1983-2002, 13
e Note Éditions, 2010.

Une interview de Dan Fante en 2 parties : 1 & 2 réalisée en 2010 par Eric Dejaeger, Saïda et Thierry Roquet