Je vous écris du Montana du Nord de la France pour une chronique hebdomadaire avec, sur ma table, cinq publications choisies :

Poésie (2016) © François-Xavier Farine

1)
76 clochards célestes ou presque de Thomas Vinau, Le Castor Astral, préface Éric Poindron, coll. Curiosa & caetera, 2016, 15 €.

Thomas Vinau-76 clochards celestesest une belle succession de portraits sensibles d'écrivains (mais pas seulement) parue au Castor Astral. Vous y retrouverez aussi des chanteurs-leaders, musiciens, artistes dilettantes, illuminés merveilleux : fracassés de la vie, jusqu'aux boutistes passionnés, morts trop tôt souvent, mais toujours irradiants, mélange « d'étoiles et de boue », de libertaires de l'existence, hommes et femmes du refus souvent, infréquentables même, ne laissant aucune œuvre, parfois, sinon le sillage ébouriffant de leur existence qui prit feu de toutes parts comme la baronne dada, Elsa Von Fraytag-Loringhoven, ou Neal Cassady, le hérault de la Beat Generation. « Des types (et des nanas) », comme le définit justement Thomas Vinau, « auxquels je ne confierais pas mes enfants mais qui ont plus d'une fois recueilli mon cœur malade derrière les ongles de leurs mots, de leurs musiques, de leurs arts. »

Comme des reconnaissances de dettes, ces exercices d'admiration de Thomas Vinau ont d'abord paru sur le site collaboratif ventscontraires du Théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes. Cette galerie de petits éloges bien sentis n'excèdent jamais deux-trois pages, chacun. Ils valent à la fois par la fréquentation assidue, viscérale des artistes par l'auteur, lui-même, mais surtout par son écriture sobre, étincelante, non dépourvue d'humour par endroits, qui tape juste quand il faut, et qui demeure attachante, aussi, quand elle suggère davantage, par une observation sourcilleuse, ce qui fait le creuset ou le terreau créatif de chacun de ces sublimes clochards célestes... Qu'ils soient considérés comme des auteurs cultes ou minorés, d'ailleurs.

Thomas Vinau a pris, depuis 8 ans maintenant, de plus en plus d'importance dans le paysage littéraire français. « Pas facile d'être un étendard ! » pour les 30-40 ans. Mais j'ai confiance en Thomas Vinau. Je sais qu'il continuera à être ce sauvageon de la poésie, cet insolent qui bouge les lignes avec grâce, et qui réenchante le quotidien de la plupart d'entre nous, à coup de pioche et de livres, d'ailes d'oiseau, de terre et de blessures, entre Perros et Brautigan, le pain et la soif des mots ensoleillés et l'amour immodéré de sa tribu.

© François-Xavier Farine, le 26 mai 2015.

À suivre...