Livres-radeaux à emporter sur l'île...

Neal Cassady Dingue de la vie (2015)79) Dingue de la vie & de toi & de tout : lettres 1951-1968, tome 2, Neal Cassady, Finitude, 2015, 22 €.

Un extrait du livre p. 233 :

En décembre 1967, Neal Cassady loge chez John Bryan (éditeur de la revue « Notes for the underground ») à Los Angeles. Durant 15 jours, Neal et John sillonnent la ville dans une Plymouth noire, avec un bon stock d'herbe et d'amphétamines.
Un soir, dans les locaux de son nouveau Journal, Open City, Bryan lui présente Charles Bukowski, occupé à écrire sa chronique hebdomadaire.
Admirateur de Neal, l'écrivain est ravi et lui propose une bière. Neal jongle avec la bouteille et plonge ses pupilles dilatées dans celles de Bukowski.
« Tu sais, j'ai lu tes trucs. - Moi aussi. Très bon, l'épisode où tu te casses par la fenêtre de la salle de bain... Quand as-tu vu Kerouac pour la dernière fois ? » Neal décapsule une nouvelle bière. Il n'a pas vu Jack depuis des années. John Bryan propose d'aller dîner pour prolonger la rencontre. À l'arrière de la Plymouth, Bukowski analyse la situation en deux secondes : il pleut à verse, les avenues sont noires de voitures, et Cassady est défoncé. Mais il n'a pas le temps de réfléchir : Neal accélère et slalome entre les files, frôle des camions en empruntant des sens interdits, imperturbable malgré les appels de phares. Bukowski pense que sa dernière heure a sonné. Au restaurant, il passe aux toilettes nettoyer son pantalon qui porte les stigmates de sa frousse. À table, Neal picore dans les assiettes de tout le monde. Bukowski a hâte d'en savoir plus sur sa vie, dont il ne connaît que les épisodes écrits par Kerouac. Neal cligne de l'oeil dans sa direction. « Kerouac a écrit tous les autres chapitres, mais c'est toi que j'ai choisi pour mettre le point final. » Buk est stupéfait, tandis que Neal insiste : « Allons, courage, termine ! »


Un article de Libé sur le tome 1 : Un truc très beau qui contient tout, Neal Cassady : lettres 1944-1950, Finitude, 2014, 23 €.