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Tout porte à croire que Frédérick Houdaer est un poète trop méconnu, encore, malgré trois livres au ton tout à fait personnel, de très bonne facture : Angiomes (2004), Engelures (2010), Engeances (2012).
Il faut dire que l’homme est extrêmement actif et dispose de plus d'une corde à son arc ; que l'aventure poétique ne se résume pas, pour lui, à l'acte isolé de la publication, mais ressemble davantage à un arbre qui étend ses ramifications dans toutes les directions. Mais toutes, de près ou de loin, atteignent à la poésie (publication, édition, lectures-rencontres, chroniques bloguistiques, ateliers d'écriture, etc.).


Animateur, Éditeur…

Frédérick Houdaer évoque, volontiers, les Cabarets Poétiques qu'il anime à Lyon, depuis 2010, sans la moindre subvention. Et le succès de cette manifestation - qui accueille plus d'une soixantaine de personnes par soirée - conforte cette initiative... Chaque mois, dans la salle du Périscope, poètes et slameurs invités par le « maître des lieux », se succèdent, toutes tendances confondues, pour des lectures-performances, parfois accompagnés de musiciens. À ce jour, une cinquantaine de poètes y ont déjà participé.

Frédérick Houdaer est également à la barre d'une toute nouvelle maison d'édition, Le Pédalo ivre, qui a publié, en mai 2012, Les derniers seront les derniers de Thomas Vinau et qui s'apprête à publier, très prochainement, Nouvelles du Front de la Fièvre, un recueil « américain » de Jean-Marc Flahaut. Ces deux auteurs appartiennent tous deux à la nouvelle génération des poètes d'aujourd'hui.

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Poète au noir sourire

Sur le plan poétique, le parcours personnel de Frédérick Houdaer est pour le moins atypique. Il a commencé sa carrière d'écrivain par le néo-polar soutenu, très jeune, par Frédéric Dard avant de basculer (définitivement ?) du côté de la poésie. Le poète Patrick Dubost a très bien relevé cette filiation d’une œuvre qui fait aujourd'hui la singularité de l’auteur : « Frédérick Houdaer vient du roman noir, porte un regard simple et réaliste sur de petites situations du réel, loin des effets de langue. Il pose des personnages en quelques mots, les fait bouger sous nos yeux, dévoile ou souligne en quelques lignes un fragment du réel. Le théâtre n'est jamais loin. »

Quand j’ai pu le questionner sur son cheminement vers la poésie, e
n août dernier, Frédérick Houdaer a expliqué « s'être mis à écrire des poèmes sur le tard, lors d'une résidence d'écriture à Montréal, en hiver 2003… ignorant tout des arcanes de la poésie et des hautes instances qui la gouvernent ». Une  sincérité qui fait du bien à entendre, en même temps qu'elle rassure.

Son expression poétique, d'un abord immédiat, percutante, est pleine de dérision et se moque, avec brio, des complexités de l'écriture. Ainsi restitue-t-elle merveilleusement le potentiel érotique des femmes, leur sensualité, leur aura de mystère, renforcés, par l'anonymat et leur nombre affriolant qu'on croise dans les artères des grandes villes...

De quels auteurs puis-je le rapprocher ? De Charles Bukowski, certainement, de Jérôme Leroy ou de Pierre Tilman (qu'il ne connaissait pas avant que je lui en révèle l'existence) sans doute. Frédérick Houdaer a l'art de décocher ou de dégainer, lui aussi, des poèmes coups de poings ou revolvers  avec une déconcertante facilité. On appréciera aussi, dans ses poèmes, ces autoportraits en creux d'écrivain looser ou d'amoureux éconduit par de troublantes créatures...

Il y a enfin chez ce poète une légèreté feinte, profonde, qui me touche, car elle souffle sur les êtres, les effleure, l'air de rien, souvent avec humour, en révélant ce qu'ils cachent d'essentiel... ou ce que leurs comportements et leurs agissements trahissent de leurs pensées - comme c'est le cas dans  un pan de la littérature américaine, que l'on range sous la bannière du « Behaviorisme ».
Je pense que Frédérick Houdaer pourrait reprendre à son compte une citation de l'écrivain, Georges Bataille, qui caractériserait bien l'état d'esprit de sa recherche poétique : « Il faut penser comme une fille enlève sa robe. »

Son éditeur, Thierry Renard, de la passe du vent  a raison de défendre cet auteur dont, encore une fois, j'aime le franc-parler, l'humour, l'appétence, le jeu, l'ironie, le culot poétique surtout. Frédérick Houdaer est un poète d'aujourd'hui, engagé de plain-pied dans son époque... comme si le héros de 37,2° le matin, sorte d'alter ego, s'était tout à coup échappé du livre de Djian pour nous estomaquer avec un art poétique détonnant, de bon calibre, qui nous pète à la figure. Pas d’autre riposte possible que d’applaudir des deux mains.

© François-Xavier Farine, le 13 octobre 2012.

Trois poèmes extraits des recueils de Frédérick Houdaer suffiront, je l'espère, à vous convaincre :

Confiance

libérez Hamma Hammami
proclame ce tee-shirt
que je soulève
pour découvrir deux charmants petits seins
j'ignore qui est Hamma Hammami
sûrement une personne formidable

(Angiomes, 2004.)


Poème autobiographique

je reviens de loin
de Stockholm pour être précis
où l'on m'a remis le Prix Nobel de la Paix
au moment de remercier
j'ai pris garde à n'oublier personne
le voyage du retour est long
fatigant
je suis déçu qu'aucune hôtesse ne salue ma présence
dans l'avion
quand j'arrive chez moi
je constate que ma femme et mes gosses
ont laissé leur bordel envahir mon bureau
je distribue généreusement les paires de gifles
après
je me sens mieux

(Engelures, 2010.)


Mousse

les meilleurs lectures de poésie
sont les plus courtes
aussi suis-je reconnaissant
envers ce grand con de poète
qui n'a rien trouvé de mieux à faire
pour sa « performance vocale »
que de se foutre un plastique sur la tête
il tombe évanoui
devant moi
avant d'avoir lu la moitié de son texte
trop long de toute façon

la lecture
l'accident
a lieu dans un café branché
je retourne au comptoir
dégusté une bière hors de prix
tandis que les pompiers débarquent
en réussissant leur numéro
eux

(Engeances, 2012.)

Bibliographie de Frédérick Houdaer :
Angiomes, la passe du vent, 2004, 9 €.
Engelures, éd. Oniva, 2010, 10 € + 2 € FP. Pour ce titre, envoyez directement un chèque de 12 € à l'ordre de F. Houdaer 32 rue Chalopin 69007 Lyon.
Engeances, la passe du vent, 2012, 10 €.

Son blog :
Branloire pérenne

Le 17e Cabaret Poétique accueillera ce dimanche 14 octobre à 17 h au Périscope (13 rue Delandine 69002 LYON - métro Perrache) 4 auteurs : Christian Chavassieux, Mariette Navarro, Marlène Tissot et Lionel Tran. Entrée 3 €.